La sangha du dojo de Cergy par André Shin Han Sachet Novembre 2001

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Publié le 28 Août 2015 dans Lettre du dojo de Cergy

 

La sangha du dojo de Cergy est un organisme vivant avec ses membres, ses fonctions, ses potentiels mais d’abord sa pratique.
Comment est structurée notre sangha ?
Un responsable, 3 dirigeants des zazen; les ordonnés: moines, nonnes et bodhisattva; les pratiquants anciens et réguliers; les pratiquants occasionnels, les nouveaux.
Son organisation est provisoire et impermanente.

Le responsable et les dirigeants du zazen.
Nous sommes d’accord sur la vie du dojo, sur sa marche spirituelle et ses orientations. On ne pourrait pas rester dirigeant ensemble si on n’était pas d’accord.
Nous avons la chance tousles trois de suivre un maître et de recevoir de lui intérêt et aide.

Les Ordonnés.
Ils sont la sangha, comme des arbres sont la forêt.
Quand on dirige zazen, on trouve la sangha des ordonnés impressionnante: les postures, l’immobilité, le silence, l’accomplissement des rituels pendant zazen … Ça enseigne beaucoup et ça aide les dirigeants à diriger et à faire zazen.
Avec les ordonnés on peut être direct, se bousculer, être maladroit, se tromper ; on est d’accord sur le fond: les phénomènes qui nous rapprochent ou nous séparent sont vides et sans réelle substance. Ils ne sauraient donc remettre en cause notre pratique.
Quand on porte le kesa, le vêtement de liberté, on peut dire ou entendre des choses non conventionnelles, non convenues, déroutantes, choquantes … On peut entendre des propos désagréables, agressifs ou qui remettent en cause. Ça ne veut pas dire qu’on ne se sent pas blessé ou incompris, mais, sur le zafu tout rentre dans l’ordre et c’est souvent la compassion qui l’emporte. Parce que les ordonnés essaient de quitter l’échelle habituelle des valeurs personnelles ou sociales: il n’est pas important de diriger un zazen, d’être shusso, pilier, tenzo ; d’être assis à côté du maître, mais il est important que le son de la cloche soit juste, que la guen mai soit coupée fine, que le point de kesa soit parfait et qu’on suive un maître.

Les pratiquants anciens et réguliers
Des observateurs extérieurs seraient bien embarrassés pour dire qui est ordonné et qui ne l’est pas. Il n’y a pas de différence avec les ordonnés ? on dit ça, on dit aussi le contraire …
Peut-être y a-t-il des pratiquants anciens qui pensent à l’ordination, d’autres non. Alors ce serait mieux de penser à l’ordination ? on dit ça, on dit aussi le contraire …
En tout cas ces anciens du zafu dans leur fidélité, leur assiduité, leur enracinement dans la pratique laissent transparaître ce que peut être la liberté intérieure.
Avec ou sans kesa le noyau dur de la sangha trace le sillon de notre pratique.

Les pratiquants occasionnels.
Leur vie est souvent liée à une réalité difficile. Ils viennent, ils disparaissent, reviennent, ils cherchent, ils trouvent, ils perdent … et parfois se croient loin de la pratique de la voie. Ils traversent des tempêtes,des nuits, des déserts…disparaissent pendant des mois, reviennent apaisés ou cabossés, quelquefois comme s’ils avaient quitté le dojo hier.
Ils nous enseignent, ils certifient notre pratique. Ils nous bousculent et nous invitent à l’humilité. La sangha des pratiquants réguliers (ordonnés ou non) est très importante pour eux. Notre pratique doit les inciter à ne pas se décourager dans les difficultés : c’est à nous de les persuader que, comme disait Anne dans un précédent numéro : « un jour, la joie apparaît »
Qu’ils viennent ou non au dojo, ils ont pour toujours au-dedans la petite musique, la mélodie secrète.

Les nouveaux
Divine surprise : les nouveaux dans le dojo sont parfois des anciens dans le zen: nonnes, moine, bodhisattva … bienvenue à bord !
La sangha doit imaginer ce qu’elle peut représenter, comme spectacle, pour quelqu’un qui vient pour les premières fois dans un dojo. Les nouveaux sont parfois impressionnés par le décor, les sons et les courbettes, d’autres fois ce sont de vieux routards de la méditation.
Ils font entrer dans le dojo de grandes bouffées d’oxygène et de vie. Leur ferveur et leur enthousiasme font parfois sourire les anciens qui sont, en même temps, rappelés à l’esprit du débutant.
On essaie, depuis longtemps, de vivre avec eux un accueil au-delà des conventions sociales: tutoiement mais respect profond, absence du jugement, invitation silencieuse à pratiquer régulièrement, à descendre dans zazen.
À chaque fois qu’un nouveau arrive, les dirigeants repensent leur enseignement et les pratiquants perçoivent la quête d’une marche en commun.

Les activités dans la sangha
On a longtemps dit dans le dojo qu’il était important qu’on ait des temps de partage et de parole autre que la pratique de zazen. C’est pourquoi on a mis en place, depuis plusieurs années des activités: bibliothèque, mini-boutique, Internet, le journal, le repas mensuel, les réunions d’ordonnés ainsi que des stages de créativité (pinceau et argile).
Seules deux activités sont importantes parce qu’elles font partie de notre tradition, de notre lignée :
La préparation de la guen mai
La couture du kesa
Alors il faut concentrer son temps libre et ses efforts sur ces deux activités. Ce sont d’ailleurs deux activités qui excluent les initiatives personnelles : une seule façon de coudre le kesa, une seule façon de couper la guen mai.
Les autres activités ne sont pas importantes, on peut en supprimer une ou plusieurs, la pratique dans le dojo n’en sera pas appauvrie.
Un jour Philippe Coupey a fait remarquer que les dojos super-actifs n’étaient pas les dojos les plus profonds. Il n’a pas dit ça exactement comme ça, je traduis, j’espère fidèlement, sa pensée.
Si des activités pèsent sur l’énergie de notre pratique, supprimons-les. J’ai changé d’avis sur ce sujet. Pendant longtemps j’ai pensé qu’il était bon que chaque ordonné soit engagé dans une responsabilité. Maintenant je pense que ce n’est pas important. La fréquentation d’un maître nous invite d’ailleurs à ne pas stagner sur nos idées.
Ne pas se charger de travail non indispensable. Mais si on le fait, alors pourquoi pas minutieusement, parfaitement, puisqu’un qu’un jour on a fait le vœu d’accomplir tout le dharma.

Pour conclure
II faut se poser des questions et y répondre:
– Comment pourrai-je améliorer la pratique des autres dans le dojo?
– Qu’est-ce que j’attends de la sangha pour ma vie de pratiquant ?
– Quel membre de la sangha suis-je ?
L’esprit vaste qui se développe pendant zazen fait que nous nous sentons aussi membres d’autres sangha: les pratiquants de notre région, en particulier le dojo de la Vallée de Montmorency (Margency), le dojo de Paris, de Garches, de Lille; la Gendronnière, la sangha européenne. Nous allons ainsi jusqu’au bout du monde, en Chine, au Japon d’où vint Maître Deshimaru et où vécurent tant de patriarches et de maîtres.

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